CAN-Gabon 2017/ Enquête exclusive autour du séjour des Togolais à Port-Gentil

CAN-Gabon 2017/ Enquête exclusive autour  du séjour  des Togolais à Port-Gentil

Magouilles, surfacturations, production de fausses factures, altercations…

  • Des témoignages et preuves qui « accablent » Tchakondo Sebabe et son protégé Ouro Razak

La 31ème édition de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN-Gabon 2017) s’est achevée le 5 février dernier avec le sacre du Cameroun (2-1) face à l’Egypte. Le Togo qui était à sa 9ème participation, a vu son aventure écourtée à l’issue des trois matchs de groupe, avec un match nul (0-0) face à la Côte d’Ivoire et deux défaites sur le score identique (1-3) face au Maroc et à la RD Congo. Comme lors des précédentes participations,  notamment celle de 2013 en Afrique du Sud, l’organisation de cette CAN a été caractérisée par une gestion peu orthodoxe des ressources allouées pour la circonstance. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, la mise en place en amont des comités ad hoc, quatre au total, notamment de supervision, d’organisation, de mobilisation des fonds et de gestion des fonds, n’a pas empêché les magouilles, les surfacturations, les conflits d’intérêts et bien d’autres pratiques peu orthodoxes. De Libreville à Port-Gentil en passant par Bitam, plusieurs énormités ont été constatées. Mais les malversations les plus remarquables se sont produites à Port-Gentil lors du cours séjour de trois jours, bien que le passage à Bitam ne soit lavé de tous soupçons. L’organisation s’est faite dans un tel imbroglio que certaines personnes se sont permis de poser des actes répréhensibles.

Nous avons mené une enquête sur le séjour de la délégation officielle à Port Gentil, et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il s’est passé des choses pour lesquelles le gouvernement doit commanditer une enquête indépendante pour pouvoir situer l’opinion sur la gestion des fonds,  en attendant même la publication du rapport général. Aux termes de plusieurs jours d’investigations, le nom du 2ème Vice-président de la Fédération togolaise de football, Tchakondo Sebabe est revenu à plusieurs reprises comme étant l’un des cerveaux du réseau de « magouilleurs ».

Des plans mijotés depuis les missions de prospection

Si lors de la participation du Togo à la CAN Gabon 2017, des constats de malversations ont été faits, c’est qu’il y a eu bien évidemment des prémices. En effet, tout a commencé avec une mission de prospection envoyée au Gabon pour trouver  les installations pouvant accueillir la délégation togolaise. Dans cette mission d’éclairage, se trouvaient le 2ème Vice-président de la FTF et Salokoffi Kodjo du ministère des Sports. Selon des informations précises que nous avons obtenues, tout avait été planifié par ce binôme.

Au cours de cette mission, des deals ont été proposés à certains membres de la délégation, ce que ces derniers ont « gentiment » décliné.  Il nous revient que le 2ème  Vice-président de la FTF, lors de cette visite en terre gabonaise, a même voulu gérer la logistique des Eperviers et du staff, avant d’être recadré, puisque c’est la CAF qui s’en occupe. C’est depuis cet instant que des arrangements avec les hôtels et les sociétés de locations de bus ont commencé, avec son « protégé » Ouro Razak, qui vit à Libreville.

On peut d’ailleurs relever le cafouillage qui s’est installé à la veille du départ de la délégation togolaise. Il était regrettable que les commissions devant s’occuper de l’organisation de cette CAN soient mises en place seulement à quelques jours du début de la compétition. Ce qui a engendré un flou kafkaïen dont certains ont profité pour opérer leurs malversations.

Port-Gentil, la cité des magouilles

Le séjour à Port-Gentil,  bien qu’étant le plus court pour la délégation togolaise au Gabon, a été tout simplement catastrophique. Tout s’est fait dans une impréparation totale, à telle enseigne que les Togolais vivant dans cette ville parlent de « HONTE ».  Un membre du comité d’organisation, reçu par nos confrères de victoire FM  à Bitam après le 2ème  match des Eperviers face au Maroc, a  même avoué que c’est à quelques jours du déplacement pour Port-Gentil qu’ils ont envoyé une mission d’éclairage dans la ville pour vérifier les réservations.

Malgré les réservations, M. Tchakondo Sebabe, en complicité avec Ouro Razak surnommé « l’invisible », aurait tout fait pour se faire des gains sur le dos du contribuable togolais. Ainsi à Port-Gentil, M. Tchakondo Sebabe a voulu prendre le devant de toutes les initiatives, ce qui a fini par agacer plus d’un, même certains membres du comité d’organisation. Sur les réservations effectuées auparavant, ce dernier est venu tout chambouler. Il s’est permis d’aller tout renégocier et en a profité pour faire des deals avec certains prestataires.

Pour ce qui concerne les hôtels, le 2ème  Vice-président Tchakondo Sebabe a renégocié personnellement les tarifs pour produire des documents comptables pour l’organisation. Ainsi, au niveau de l’hôtel de l’Aéroport où ont séjourné les officiels, il restait 5 chambres non occupées alors qu’elles ont été payées. Mais selon nos informations, le « maestro » a tout fait pour récupérer les fonds des chambres restantes. Nous avons d’ailleurs assisté à un échange entre ce dernier et l’une des réceptionnistes de cet hôtel. Il en est de même de l’augmentation abusive des prix des chambres au niveau des autres hôtels tels que le Printemps, l’Océan, Saint Victoire, etc.

Les témoignages reçus sur le terrain et auprès de certaines personnes qui étaient à Port-Gentil sont accablants.  Normalement, c’est à la personne qui a effectué les réservations de récupérer les factures. Malheureusement, une fois que cette personne, qui n’est autre que le président de la colonie togolaise à Port-Gentil, se présente pour récupérer les pro-forma, on lui signifie tout simplement que M. Tchakondo Sebabe est déjà passé les prendre. De mèche avec Ouro Razak, il aurait « fabriqué » des factures à envoyer à la Fédération. Selon les informations, M. Corneille Sanwogou, qui s’occupait des réservations, est allé voir M. Tchakondo Sebabe pour récupérer les factures afin de les remettre à qui de droit. Mais il lui a été simplement dit que le sieur Razak s’en est déjà chargé. « J’ai été abasourdi, d’entendre cela car le monsieur en question n’a jamais vu les hôtels pour produire des factures dans ce sens. Il est à Libreville et il traite des dossiers de Port-Gentil, c’est quand même extraordinaire », s’est indigné le président de la communauté togolaise dans cette localité.

Nous avons contacté quelques hôtels, pour dans un premier temps vérifier leur tarif, ensuite en savoir un peu sur le passage de la délégation togolaise. Bien que quelques-uns n’ont pas voulu nous donner des détails, d’autres n’ont pas manqué de nous révéler le côté pingre de certains Togolais. « Les gens sont forts comme ça chez vous au Togo aussi ? », s’est demandé un réceptionniste au téléphone. Avant d’ajouter : « Il y a eu des magouilles, mais nous ne savons pas à quel point ».

L’autre aspect du scandale se trouve dans la location des bus qui ont assuré le transport de la délégation. Dans un premier temps, selon nos recoupements, M. Tchakondo Sebabe aurait fait annuler les réservations effectuées auprès de la société Multi Transport Gabon, avant de repartir renégocier. A quelles fins ? A chacun d’y répondre. Il nous revient qu’il y a eu des surfacturations. Par exemple, une voiture VIP climatisée se loue à 100 000 FCFA alors qu’on évoque 150 000 FCFA sur les factures. « Nous avons payé pour des bus que nous n’avons jamais vus, et quand on se reproche de la compagnie, on nous fait savoir que le 2ème Vice-président de la Fédération est revenu prendre le reliquat », a affirmé une source.

D’ailleurs, cette affaire de bus a occasionné des différends entre Tchakondo Sebabe et Corneille Sanwogou qui, lassé du comportement du premier, l’a littéralement pris par les cols afin de récupérer une somme de 150 000 F CFA qu’il a engagée dans la location d’un véhicule pour la délégation togolaise. « C’est un bandit », a lâché un citoyen togolais vivant à Port-Gentil qui n’a pas aussi apprécié le comportement du responsable de la Fédération.

Entre autres, pour les factures que nous publions aujourd’hui, il est mentionné sur certaines «Payé». On se demande pourquoi elles ne se retrouvent pas, du moins les originales, dans les documents officiels qui devraient servir à faire les comptes et un éventuel audit des dépenses effectuées dans le cadre du séjour des Togolais au Gabon.

Une commission d’enquête vivement souhaitée

Tout comme en 2013 en Afrique du Sud, certains Togolais ont pris le vilain plaisir de se sucer sur le dos du contribuable au Gabon. De la location des avions à la restauration en passant par l’hébergement et le transport sur le plan local. Il parait plus qu’impérieux qu’une commission d’enquête soit dépêchée sur le terrain pour  vérifier l’ampleur des magouilles.

D’ailleurs, c’est le souhait d’un certain nombre de Togolais qui ont vécu de près l’organisation du séjour gabonais. « C’est triste que certains Togolais n’apprennent pas des évènements passés. Mais c’est aussi dû à l’impunité qui est garantie dans le pays. J’ai vu des gens à l’œuvre et je me suis dit que si ce n’est  pas un scénario typique de celle  l’Afrique du Sud qui se reproduit sous mes yeux. Vivement qu’une commission revienne sur le terrain pour faire des vérifications. Je l’ai dit au 2ème Vice-président que je n’hésiterai pas à étaler tout ce qu’il a fait ici. Il arrivait à un moment que son patron (Col Akpovy, Ndlr), n’arrivait même plus à le contenir.  Il n’est bien évidemment pas le seul. Il va falloir interroger également son second de Libreville, Ouro Razak, afin qu’ils expliquent comment ils ont organisé leurs magouilles. Il faut que la vérité éclate ; mais  le jour où moi-même je viendrai au Togo, c’est sur la TVT que j’irai déballer tout ce que je sais sur leurs magouilles », a prévenu une source.

Au-delà des malversations, il faut également déplorer la mauvaise organisation qui a entouré le séjour des Togolais à Port-Gentil. En plus, certaines personnes de la délégation officielle ont voyagé avec leurs copines ou maitresses, et tout ceci dans le budget prévu pour l’organisation.

Shalom Ametokpo, de retour du Gabon

 

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