Jonas Kokou Komla: « Je suis convaincu que ce qu’on a fait au Mali, on peut le reconduire ici au Togo »

Interview de Jonas Kokou Komla, sélectionneur des U17 du Mali

« Je suis convaincu que ce qu’on a fait au Mali, on peut le reconduire ici au Togo »

 

Vainqueur de la récente CAN U17 en tant que sélectionneur de l’équipe malienne, Jonas Kokou Komla, d’origine  togolaise, lors d’un séjour à Lomé, a accepté de répondre à quelques unes de nos questions. Il est notamment revenu sur son parcours et son désir de mettre son expérience au service du Togo, son pays natal, pour lequel il développe toujours la fibre patriotique

 

Liberté : Bonjour, Coach Jonas Kokou Komla et merci d’avoir accepté cette entrevue avec nous.

Jonas Kokou Komla : C’est plutôt moi qui vous remercie.

Vous êtes un peu méconnu des Togolais et surtout du public sportif. Qui est  Jonas Kokou Komla ?

Je suis actuellement le sélectionneur de l’équipe nationale U17 du Mali. Quant à mes origines, je suis  le fruit d’un métissage culturel africain dans la mesure où je suis né d’une mère malienne et d’un père togolais.

En  mai 2017, vous avez amené votre équipe jusqu’au sacre à  la CAN U17 au Gabon. Les acteurs ont unanimement apprécié la qualité du jeu produit par votre sélection. Comment avez-vous fait pour arriver là ?

Nous avons beaucoup travaillé. Ça a été un travail de longue haleine. Nous nous sommes donné les moyens pour y parvenir. Ce n’était pas évident, puisque le Mali était détenteur de la coupe, qu’il a gagnée en 2015 et on avait une pression. J’ai fait une sélection judicieuse. En commençant par des détections sur toute l’étendue du territoire malien. S’en est suivie une phase de présélection. J’ai été un peu partout au Mali et j’ai pris les joueurs qu’il fallait. C’est vrai qu’on pourrait se tromper sur certains choix, mais je prenais les jeunes talentueux, en mon âme et conscience.

Nous avons commencé les préparatifs et on s’est fixé tout d’abord, pour objectif de se qualifier à la Coupe du monde de la catégorie, puisque le Mali était déjà finaliste lors de la dernière édition. Mon objectif de maintenir le Mali sur le plan mondial a été atteint lorsque nous étions qualifiés pour les demi-finales. Je me suis dit que s’il y avait une place pour aller en finale, il fallait la saisir. Nous y avons cru, j’ai motivé les jeunes en leur disant que leur carrière en dépendrait et qu’ils devront se battre pour ça. Dieu merci, nous sommes allés en finale et on l’a remportée.

Cette victoire n’a pas été le fait du hasard ?

Bien-sûr que ce  n’est pas un hasard, car nous avons travaillé dur. Depuis le 4 janvier 2016, la sélection était en place. Nous avons fait beaucoup de matchs amicaux, surtout dans la période où le Mali avait été suspendu par la FIFA. Nous avons livré des matchs avec des équipes locales dans la mesure où nous ne pouvions pas jouer contre les autres pays. Il faut reconnaitre que cela a été aussi le mérite des clubs, car au Mali, il faut reconnaitre que ce soit en 1ère ou 2ème division,  toutes les équipes ont des catégories de jeunes, à savoir les U15, U17 et U20. Ils nous ont beaucoup facilité le travail, surtout dans la phase de détection en nous donnant de bons éléments. Bref, on a pu piocher les meilleurs dans les clubs et les centres de formation du pays.

Jonas Kokou Komla, c’est aussi un parcours …

Exactement ! J’ai commencé à jouer dans mon quartier, ensuite je suis allé à Djoliba, qui est mon club formateur. J’y suis resté longtemps. Là, j’ai eu la chance de travailler avec beaucoup d’entraineurs étrangers parmi lesquels Tchanilé Bana, auprès de qui j’ai appris beaucoup de choses. Je profite de cette occasion pour lui dire merci car il a cru en moi, puisqu’il m’a pris avec lui comme son adjoint lorsqu’il a pris la sélection nationale nigérienne.

Donc, avec tous ces entraineurs avec qui j’ai travaillé, j’ai essayé d’apprendre un peu de leurs expériences. Chacun d’eux avait sa philosophie et la somme de tout ça a enrichi mon bagage. Ensuite j’ai fait un tour dans le golfe aux Emirats Arabes Unis avec le Baniyas SC où j’ai passé trois ans. Là, j’ai côtoyé de grands joueurs comme David Trézéguet que j’ai entraîné mais aussi Maradona qui entrainait aussi un club là bas.

J’ai aussi eu la chance de faire des formations dans les plus grands clubs au monde dont l’Inter Milan, le Real Madrid, Manchester City et Fc Valence. Je me suis bien perfectionné. Après ces formations, je suis revenu au Mali et j’ai aussi fait un détour par le Burkina, avant de retourner au pays pour prendre la tête de la sélection U17.

Avec tout ce parcours aussi riche qu’alléchant, vous n’êtes pas tenté de revenir au Togo qui est votre pays d’origine pour mettre cette expérience au service de la nation ?

C’est tout à fait normal car le Togo est mon pays. Tout ce que je fais, c’est pour un jour apporter toutes ces expériences et expertises au service du Togo. Je suis là et je reste à la disposition du Togo. Je suis un Togolais et pour la petite anecdote, quand je suis au Mali, les gens s’étonnent de mon nom. Je suis là et je suis convaincu que ce qu’on a fait au Mali, on peut le reconduire au Togo, car il y a le potentiel et la qualité. Il va falloir simplement s’y mettre, travailler, et puis amener cette philosophie qui est de repartir de la base, et je pense que ça peut marcher.

Quel regard portez-vous sur le football togolais en général ?

Le football togolais se porte bien. La preuve est que le match de la dernière fois contre l’Algérie, il y avait une bonne équipe togolaise qui était en place. Il faudra continuer comme ça. Mais, il est primordial que les clubs commencent à bâtir des catégories de jeunes et on ne devrait pas trop se focaliser sur l’équipe première. Il faudrait avoir une bonne base et lorsqu’elle sera solide, on aura un bon sommet également. Je pense que c’est ce qui manque au football Togolais. La reconstruction à partir de la base. Il va falloir que les dirigeants y pensent sérieusement. Si on veut atteindre les sommets du football africain, il va falloir avoir une bonne base.

Votre  mot pour conclure  l’entretien ?

Je remercie tout le peuple togolais, vraiment je me suis senti à l’aise lors de ce séjour. Je suis passé voir les parents et autres et je suis ravi que tout le monde se porte bien. Je le rappelle, je reste à la disposition du Togo que je servirai avec amour et patriotisme lorsque le besoin se fera sentir.

Interview réalisée par Shalom A.

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